Imagine Trespa

Tendances à venir

URBAIN – VERT – HUMAIN

TENDANCES

TROIS CABINETS D’ARCHITECTES DE RENOMMÉE MONDIALE, CONNUS
POUR LEURS TRAVAUX VISIONNAIRES AXÉS SUR LA SOUTENABILITÉ, LE PAYSAGE
URBAIN ET L’HUMAIN, RÉFLÉCHISSENT À L’AVENIR DE L’ARCHITECTURE.

  • PETER J. KINDELSOM
  • KRISTOFFER HOLM PEDERSENSLA
  • GIANCARLO MAZZANTIEL EQUIPO MAZZANTI

TANJONG PAGAR CENTRE | SOM. Crédits photo : Studio Periphery

QUAND LE DESIGN URBAIN S’INSCRIT EN
COMPLÉMENT DE L’ENVIRONNEMENT

TEXTE CAMILO SMITH

En matière de design et d’architecture, Peter J. Kindel voit l’avenir des grandes métropoles mondiales avec moins d’automobiles et une tendance croissante aux grands programmes de préservation des caractéristiques environnementales au sein des villes.”

“Je pense qu’on accordera une importance nouvelle à la qualité des espaces publics, déclare Peter J. Kindel, car de plus en plus de personnes rejoindront les villes. “ De fait, selon une récente étude de l’ONU, 68 % de la population mondiale vivra dans une grande ville à l’horizon 2050.

“L’augmentation du nombre de citadins s’accompagnera d’une augmentation des attentes qualitatives vis-à-vis des espaces publics “, annonce Peter J. Kindel. “Et cela se vérifiera à tous les niveaux, depuis le mode de conception jusqu’au type de matériaux mis en œuvre, en passant par leur profil environnemental.”

Peter J. Kindel est le responsable du design urbain et de l’urbanisme, pour la côte Ouest, du cabinet d’architectes Skidmore, Owings & Merrill (SOM). Il a passé les 25 dernières années à élaborer des plans pour quelques-uns des plus grands environnements urbains au monde. Nous avons, entre autres, pour ambition de renforcer les lieux (et non de les marginaliser). La ville texane de Houston, qui connaît un essor rapide, porte sa patte.

On accordera une importance nouvelle à la qualité des espaces publics, car de plus en plus de personnes rejoindront les villes.

Peter J. Kindel, SOM

“Houston jouit d’un environnement qui doit être non seulement préservé mais incorporé au design de la ville. Chicago a un environnement différent, San Francisco a un environnement différent…,” explique Peter J. Kindel, citant quelques-unes des plus grandes métropoles des États-Unis. “Chacune de ces villes a un profil écologique qui lui est propre. Nous pensons qu’il est important de concevoir des villes qui s’inscrivent en complément de ces écosystèmes et qui les renforcent, plutôt que de les amoindrir. C’est une thématique majeure que les villes intégreront dans leur aménagement futur.”

Pour relever les défis lancés par la nature, notamment en bord de mer et dans les villes connaissant des problèmes de gestion de l’eau, il faut faire preuve de créativité, reconnaît Peter J. Kindel. Il a ainsi aidé à résoudre les problèmes de gestion des crues et des eaux de pluie du Texas Medical Center de Houston, un projet immobilier sur un terrain de 273 hectares achevé en 2009.

WATERLINE MILE | SOM

WATERLINE | SOM

Les zones urbaines de demain privilégieront le rail et les mails piétonniers.

Peter J. Kindel, SOM

“L’idée-force pour le Texas Medical Center consistait à réaménager le cours du Brays Bayou pour faciliter la gestion des crues, et à concevoir le complexe de manière à protéger les bâtiments des inondations grâce à l’aménagement du paysage et à la topographie du terrain.” Il a formulé des suggestions pour la création d’une zone qui soit capable de résister aux inondations et qui soit plus résiliente. C’est le type de raisonnement qui a également caractérisé les projets sur lesquels Peter J. Kindel a travaillé dans le delta de la Rivière des Perles en Chine, à Jakarta, à Hong Kong et à Chicago.

Outre les tendances en matière de gestion durable des terres dans les villes de demain, ajoute Peter J. Kindel, on observe également une tendance à l’aménagement de quartiers piétonniers au cœur de ces villes. Les zones

SEAGULL ISLAND | SOM

urbaines de demain privilégieront le rail et les mails piétonniers. “L’automobile perdra progressivement de son influence sur la conception des villes,” explique-t-il.

Les trains à grande vitesse seront l’un des facteurs contribuant au délaissement de l’automobile. Peter J. Kindel, qui vit à San Francisco, explique que si les États-Unis tardent à développer leur réseau ferroviaire grande vitesse, d’autres pays ont d’ores et déjà franchi le pas, l’évolution des transports allant de pair avec une évolution de l’urbanisme.

“On cherche à augmenter la densité d’habitation autour des gares TGV et à développer l’offre immobilière commerciale et résidentielle autour de ces gares afin de faciliter les déplacements. Les gens ne sont plus dépendants de leur voiture ”, explique Peter J. Kindel.

REINVENT PARIS | SLA + Jacques Ferrier Architectures

INVITER LA NATURE DANS LA VILLE

TEXTE JOHN EDWARDS

SLA est un laboratoire d’architecture pluridisciplinaire basé à Copenhague, Aarhus et Oslo. L’entreprise recourt à un vaste éventail de disciplines : des architectes, des urbanistes mais aussi des biologistes, des sociologues et des ingénieurs forestiers. Grâce à une approche novatrice de la nature, du design, du développement durable et de la technologie, SLA crée des villes modernes, adaptables, qui favorisent la vie de quartier et la diversité tout en interrogeant et en repoussant les limites de l’espace urbain, de l’urbanisme et de l’architecture paysagère.

La nature est au cœur de toutes les activités de SLA. En fait, c’est un principe fondamental : SLA considère que l’environnement naturel et l’environnement bâti sont complémentaires et forment ensemble une architecture holistique. SLA a réalisé de nombreux projets en Scandinavie, en Europe, en Amérique du Nord, en Asie et en Afrique.

Il faut faire entrer la nature dans les villes pour améliorer la qualité de vie.

Kristoffer Holm Pedersen, SLA

“Nous avons débuté il y a une trentaine d’années sous la forme d’un cabinet d’architectes plus classique”, explique Kristoffer Holm Pedersen, Directeur de la communication et du développement commercial chez SLA A/S. “Aujourd’hui, nous nous occupons principalement de stratégies de développement urbain. Nous conseillons les municipalités. Nous travaillons également sur de grands programmes et sur la conception d’espaces publics. Mais nous collaborons également avec des architectes pour créer des murs
végétalisés et de nouvelles solutions de façade, par exemple. Nous travaillons avec des équipes pluridisciplinaires parce que la complexité des problèmes appelle parfois des solutions qui vont au-delà de la seule construction.”

“Nous observons un certain nombre de tendances qui influent sur l’architecture et l’urbanisme. L’urbanisation est, de toute évidence, une mégatendance à l’échelle mondiale. Aussi la pression sur les villes est-elle toujours plus forte, ce qui représente un défi universel. De notre point de vue, qui défend la résolution des problèmes à l’aide de principes et processus naturels, il faut faire entrer la nature dans les villes pour améliorer la qualité de vie et résoudre les problèmes pratiques. ”

PARC HANS TAVSENS ET KORSGADE | SLA

SUND NATURE PARK | SLA

AMAGER BAKKE | SLA. Crédits photo: Ehrhorn Hummerston.

Les villes ne cessent de s’étendre, mais nombre d’entre elles craquent de toutes parts et les citadins semblent moins heureux. Les causes sont multiples : tensions sociales, réchauffement climatique… Nous estimons que le mode d’organisation de nos villes ces 100 dernières années

était trop axé sur les bâtiments, l’urbanisme et l’efficacité, et pas assez sur des espaces de nature, qui rendent les villes plus adaptables, plus saines et offrent une meilleure qualité de vie – tout

cela est corroboré par de nombreuses preuves scientifiques. L’introduction d’espaces de nature a également pour effet de rendre l’environnement plus humain. C’est un aspect très important. Nous n’avons rien contre les grandes constructions, par exemple, mais uniquement là où elles apportent un plus en termes de qualité. “ Le développement durable ne doit pas être une finalité pour les villes, mais un point de départ. L’introduction d’éléments naturels peut apporter bien plus que la seule neutralité carbone. Les murs végétalisés, par exemple, ne sont pas juste beaux.

Le développement durable ne doit pas être une finalité pour les villes, mais un point de départ..

Kristoffer Holm Pedersen, SLA

Ils peuvent avoir une fonctionnalité supplémentaire. Nous avons, par exemple, travaillé sur des projets de murs végétalisés aux abords pollués du périphérique parisien. Ces murs capturent les particules de pollution et les transforment en engrais, tout en offrant des jardins municipaux aux riverains.

Nous savons qu’il est bon pour la santé de s’asseoir au milieu de la nature et de la regarder. Pourquoi donc ne pas créer des façades qui maximisent cet effet positif ? ”

« Le climat deviendra plus extrême : plus chaud, plus froid, plus humide… Les villes de demain devront être conçues pour prospérer dans ces conditions et toutes les structures existantes devront s’adapter aux nouvelles données climatiques. Cela implique des conceptions robustes et des bâtiments plus flexibles. Par ailleurs, les évolutions rapides dans les domaines du bâtiment intelligent (smart building) et des objets connectés (IoT) transforment les villes en profondeur. Nous devons veiller à ce que les conceptions d’aujourd’hui tiennent compte de ces technologies. Nous essayons d’imaginer les villes, les bâtiments et les fonctionnalités de demain, et nous travaillons dans ce sens même si nous ne pouvons prédire l’avenir avec précision. Mais ce qui est sûr, c’est que les architectes et les urbanistes doivent se départir de tout dogmatisme et rompre avec les paradigmes historiques ! ”

PRIVILÉGIER L’HUMAIN ET UNE SOCIÉTÉ DURABLE

TEXTE SANDRO MARINI

“L’humain”, c’est le terme choisi par Giancarlo Mazzanti pour résumer l’objet de l’architecture. Son œuvre,qui s’étale sur plus de 25 ans, explore la façon dont
l’architecture peut favoriser de nouveaux comportementset transformer l’environnement de manière positive.

Le nom du cabinet colombien, El Equipo Mazzanti, traduit son approche pluridisciplinaire. “L’idée du nom m’est venue quand j’ai compris que, depuis mes débuts, j’ai non seulement fait équipe avec d’autres architectes et cabinets d’architectes mais aussi avec des professionnels de différents horizons comme des artistes, des juristes, des biologistes, des designers, des ingénieurs”, dit-il.

Dans son fonctionnement, le cabinet ne privilégie pas la verticalité. “Dans nos projets, explique Giancarlo Mazzanti, nous prenons en considération les idées et réflexions de tout le monde. Ce n’est donc pas uniquement une question de pluridisciplinarité, qui est essentielle en architecture, il faut également comprendre et impliquer tous les acteurs évoluant autour du projet.

21 MATERNELLES POUR ATLÁNTICO | El Equipo Mazzanti. Crédits photo : Alejandro Arango.

21 MATERNELLES POUR ATLÁNTICO | El Equipo Mazzanti.

Il faut impliquer
tous les acteurs
évoluant autour du
projet.

Giancarlo Mazzanti, El Equipo Mazzanti

L’architecture a, selon lui, un rôle essentiel dans la construction d’une société compétitive et écoresponsable. Ses projets visent donc à promouvoir le progrès social et le bien-être de la collectivité. El Equipo Mazzanti a conçu, par exemple, en 2011 un centre sportif connu sous le nom de Bosque de la Esperanza (Forêt de l’espoir). Situé à Soacha, dans la banlieue de Bogota, en Colombie, le lieu est devenu un espace de pratique du sport, d’enseignement et d’activités sociales pour les habitants du quartier. La structure ouverte est composée de modules, qui lui permettent de s’étendre et de s’adapter en fonction des besoins. C’est également un lieu emblématique,
reconnaissable entre mille.

Parallèlement aux systèmes ouverts, Giancarlo Mazzantis’attache à créer des conceptions modulaires qui peuvent être reproduites et installées en tenant comptedes spécificités topographiques et des emplacements

disponibles. Il a notamment réalisé 21 écoles maternelles pour le département d’Atlántico, en Colombie. La conception modulaire du projet, basée sur un module que l’on duplique et assemble à l’envi, permet d’obtenir des espaces clos indépendants et autonomes. Ces modules peuvent servir de salles de classe mais également accueillir les activités de la communauté locale. Là encore, la disposition des modules permet d’apporter des changements par la suite.Giancarlo Mazzanti attache autant d’importance à communiquer sur ses projets architecturaux qu’à apprendre des habitants du quartier et de ceux qui seront concernés par ses réalisations. Son équipe pose des questions, enquête, expérimente.

Giancarlo Mazzanti attache autant d’importance à communiquer sur ses projets architecturaux qu’à apprendre des habitants du quartier et de ceux qui seront concernés par ses réalisations. Son équipe pose des questions, enquête, expérimente.

Pour Giancarlo Mazzanti, la valeur d’un bâtiment public ne réside pas dans l’édifice lui-même mais dans la façon dont il améliore la vie du quartier. “ Je crois en l’“agritecture”, et la conçois comme une architecture durable et autonome permettant de produire et de participer à l’économie circulaire. Je m’intéresse aux bâtiments capables de produire des choses, à la façon dont ils peuvent servir la communauté qui va les utiliser.”

PARC PÉDAGOGIQUE MARINILLA | El Equipo Mazzanti. Crédits photo : Rodrigo Davila.

HÔPITAL DE SANTA FE DE BOGOTÁ | El Equipo Mazzanti. Crédits photo: Alejandro Arango.

J’aime explorer comment la
forme et la matière peuvent
nous amener à de nouveaux
comportements.

Giancarlo Mazzanti, El Equipo Mazzanti

Chaque élément du bâtiment offre un lieu d’interaction et d’échange. L’architecture est donc un moyen de favoriser ces échanges

Quand il songe à l’évolution de l’urbanisation et de l’industrie du bâtiment dans les 60 prochaines années, Giancarlo Mazzanti souligne l’obligation de travailler à des technologies plus performantes et plus propres. “ De nos jours, la construction est l’une des étapes les plus polluantes du processus global ”, dit-il.

Entre autres pistes de réflexion, il étudie comment utiliser différemment des matériaux traditionnels ou de nouveaux matériaux. “ Quand nous avons conçu l’hôpital de Santa Fe de Bogotá par exemple, nous avons tenté des expérimentations avec la brique en la mettant en tension plutôt qu’en compression, en l’utilisant comme un rideau qui permet de créer différentes atmosphères en termes de lumière, de ventilation et de protection des regards. J’aime explorer les formes et les matériaux de base et les confronter aux nouveaux standards de performance ; j’aime explorer comment la forme et la matière peuvent nous amener à de nouveaux comportements ”, explique Giancarlo Mazzanti.

L’impressionnant bâtiment de 12 étages s’intègre harmonieusement aux parties existantes du complexe et aide les patients à circuler dans l’hôpital en rationalisant les déplacements. La façade permet aux occupants de conserver un lien avec l’environnement en leur donnant la possibilité de voir la ville et les montagnes environnantes.

El Equipo Mazzanti est connu pour son approche ludique mais connectée avec la population et le paysage. “ Je pense que le bureau lui-même est un challenge, une prise de risques. Je veux inciter les jeunes architectes à considérer l’architecture non pas comme un art figé mais comme quelque chose qui peut évoluer et être appréhendé de différentes façons. Je leur conseille d’interroger tout ce qu’ils étudient ”, dit Giancarlo Mazzanti. ■

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